Voici, avec des documents transmis par Marc Cherot, quelques uns des épisodes de sa première vie, celle d'avant ce vol Air Algérie qui lui fit définitivement quitter sa terre natale le 30 juin 1962. 

Marc Cherot était un algerois des années 50, très jeune il débute mécanicien moto dans le garage de Roland Assante. Ce motociste était établi à Alger à proximité du musée Bardot, sur l'Avenue Roosevelt au Chemin Yusuf, il y diffusait de très nombreuses marques allemandes et anglaises.

Voir le Plan : Av Roosevelt / chemin Yusuf

C'est dans ce commerce qui l'emploi que Marc achètera en 1956 celle qui sera sa moto préférée, une NSU 250 Supermax, la plus solide et performante des 250cc 4 temps "Tourisme" du moment. Quelques temps plus tard ce sera René Marinello, son meilleur ami, qui achètera sur ses conseils la même monture. 

NSU-SuperMax

La Supermax fut la dernière version des NSU 250cc Max/17ch DIN. Ce dernier modèle sorti au début de la grande dépression du marché allemand (RFA) de la moto, ne fut fabriqué qu'à 15.000 exemplaires durant les 7 années de sa commercialisation, de 1956 à 1963. Alors que les 2 modèles de 250Max précédents (StandardMax et SpezialMax) furent, eux, produits à 80.000 exemplaires en seulement 4 ans, de 1952 à 1956, période où NSU était le n°1 mondial des producteurs de motocycles (toutes cylindrées). De 1956 à 1959 ce fut Motobécane qui succèda à NSU pour le titre de n°1 mondial, puis Honda à partir de 1960, voir notre article "Solex et Mobylette".

Pour illustrer l'effondrement du marché allemand, voici quelques chiffres sur les ventes de 250cc (toutes marques) en RFA, ils traduisent le désastre: en 1955 il s'était vendu 46.000 "250cc", alors que 5 ans plus tard en 1960 il ne s'en vendait plus que 2.690...(5%).

Dans ces 2.690 "250cc" vendues en Allemagne de l'ouest durant l'année 1960, il y avait 2.001 BMWR26/27, 460 NSU SuperMax, 55 Maïco, 41 Zündapp, etc... On comprend le "sauve qui peut" général qui régnait dans l'industrie motocycliste de l'Allemagne de l'ouest.....

Voir notre article "Les voiturettes allemandes".

 

Voici en peu de mots accompagnés de rares photos quelques épisodes de cet autre temps.

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 Audax de1956

L'Audax de1956, un rallye de régularité organisé par le MCDA,  avec ci dessous la photo d'un groupe de motards algerois qui y participaient.

Sur la 250cc NSU n°302, Marc Cherot qui n'avait que 18 ans avec en passager son ami René Marinello, encore piéton à l'époque.  C'est en duo que nos amis participèrent à ce rallye de l'Audax 1956 avec une 250 NSU presque neuve.

Le trajet maximum était celui qui reliait Alger à Oran soit un peu plus de 400 km , mais il y avait la possibilité d'effectuer une section réduite sur la même route: le trajet Alger / Relizane soit presque 300km/h, à 2 sur une NSU en rodage Marc avait jugé ce parcours suffisant.

Audax56Retouch

Voici une photo prise à la Station BP d'Alger, où avait lieu le départ de cet Audax 56. Aux côtés du duo Marc Cherot / René Marinello sur la NSU n°302, quelques autres acteurs de cette journée sportive, au centre en chemisette blanche le très célèbre président du Moto Club d'Alger Rodolphe Ciancio, accroupi devant lui Debernardi, ensuite la 350cc Royal Enfield n°125 de Berton derrière lui Bailleux, puis la Triumph n°202 de Fernandez avec un passager non identifié et pour finir la Peugeot 133 non identifiée.

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Larba (Larbaâ) 1957

En 1957 Marc Cherot participait à l'épreuve du "Km lancé" avec une 175cc Motobécane "trés spéciale" que lui avait confiée Mr Troncarelli de Blida. 

Cette épreuve se déroulait à Larba à quelques 30km au sud d'Alger, c'est un secteur très riche en longues lignes droites, pour ce genre d'épreuve une belle route bien droite était un élément indispensable. 

Au départ , les 500 premiers mètres pour s'élancer, puis un premier pointeur qui donne par radio le "top" au chronomètreur officilel situé un km plus loin. Rustique et efficace. 

KMlance-MarcCherot-LowDef

Marc est ici au départ des 500m d'accélération, avec cette 175cc Motobécane "affûtée" par Mr Troncarelli, il fera un chrono à 128,650 km/h.....avec cette machine "populaire" qui d'origine n'atteignait pas les 100km/h......

La suite des évènements confirmera que cette Motobécane était là, sur cette épreuve ultra courte, aux limites de ses possibilités, car Marc la réutilisera sur le circuit de vitesse de Staoueli, où, après 2 tours, il abandonnera pour tiges de culbuteurs tordues.

Parmi les autres performances du jour à signaler celle de Robert Assante sur une 500 Norton 88, qui réalisa un 150km/h.

Robert Assante, le frère de Roland, était employé par la société AFNAM importatrice de Norton pour l'Algérie, raison pour laquelle Robert Assante avait toujours de superbe Norton, Norton 88/500cc, Norton Manx 350cc.

Sur la photos ci-dessus, à signaler une 1000 Vincent à l'arrière plan, et la présence parmi les accompagnateurs de pilotes moto connus, tel que Regnier dont on avait évoqué les succès sur BSA dans notre précédent article (sa tête est située au dessus du casque de Marc).

Le grand costaud en combinaison à droite de Regnier (avec les mains sur les hanches) c'est un pilote expérimenté Yves D'Ovidio (mécano à Air Algérie) et sur la gauche juste à l'arrière de Regnier un jeune pilote El Djouzi (lui aussi semble porter une combinaison).  

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1958, trois mois de ballade européenne

René, l'ex passager de Marc, est maintenant, lui aussi, propriétaire d'une de ces très attachantes 250 NSU Supermax. C'est ainsi que cherchant un périple attractif, nos deux jeunes algérois décidèrent d'effectuer une grande boucle en Europe qui passerait par le cercle polaire. 

 Après quelques préparatifs de ri­gueur: porte-bagages, sacoches, imperméables (qui s'avérèrent être de vraies passoires) et les billets de bateau en poche, ils partent pour Marseille.


Traversée de la France, di­rection Bruxelles où ils en pro­fitent pour visiter l'exposition universelle, puis traversée des Pays-Bas. Ils prennent la direction de Hanovre et Hambourg, où, sous une pluie battante, évidemment , ils passeront les nuits en camping. 

AlgerCerclePolaireRetouch2

René Marinello au pays des rennes avec la tenue locale

Après une rapide traversée du Danemark, ils embarquent sur un ferry qui les amène en Suède. Après avoir atteint la Norvège ils empruntent la N20. « A l'époque elle était en terre, 150km après Oslo », précise Marc.

AlgerCerclePolaireRetouch3

Marc au pied de la borne qui symbolise le Cercle Polaire

(Cercle imaginaire dont la latitude correspond à l'angle d'inclinaison de la terre, à partir de ce cercle débutent les jours sans nuit et les nuits sans jour)

Le cercle polaire est enfin at­teint après quatre jours de progression et de bivouac au milieu des rennes ......et des moustiques !


Le retour s'effectuera par la même route, avec en prime un détour par l'Allemagne et un arrêt chez NSU à Neckarslum pour un remplacement des amortisseurs avant sous garantie. ils continuent par l'Autriche, passent le Brenner et le soleil d'Italie les invite à vi­siter Venise, Milan et Turin. A Marseille ils rembarqueront pour Alger, avec 11 000 km au comp­teur en trois mois. 

«Mon ami René fait toujours de la moto (125 Varadero). Quant à moi, j'ai remis à neuf une Adler 250 Favorit et une Su­permax, qui reste un amour de jeunesse.

De plus j'ai entrepris la construction d'une réplique de le 250 Sportmax. Le travail a été fastidieux, préparation du mo­teur avec  ACT, vilo, sou­papes, carbu, boîte ... Maintenant terminée, cette Sportmax me permet de participer  aux séances de roulage organisées sur le cicuit du Luc. A ce propos on ne trouve pas de renseignements précis ou essais sur cette machine (Sportmax) qui pourtant a marqué son époque, avec Pierre Monneret, John Surfees, Camathias, Bayle, Hailwood, Moss, Bastilberger, Muller et autres. 

J'aimerais par la présente ex­primer une pensée pour les an­ciens du Moto club d'Algérie et aux pilotes qui ont animé quelques courses en Algérie et le championnat de France:
Goetz, Fraces, Troncarelli, Ciancio, les frères Assante, Perez, Cardona et les autres.»

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La deuxième vie de Marc Cherot

Le 30 juin 1962 un vol d'Air Algérie emportait Marc Cherot loin d'Alger, il laissait derrière lui le premier chapitre de sa vie, mais à 24 ans il lui restait de nombreuses années pour de nouveaux chapitres......qui n'effacerons jamais la nostalgie du premier......  

Lors de ces années 50 les pilotes métropolitains étaient souvent invités par le Moto Club d'Alger pour participer aux compétitions de cross et de vitesse. Cela permettait aux pilotes locaux de se lier d'amitié avec les métropolitains, c'est ainsi que Marc Cherot et son patron Roland Assante avaient apprécié Jean Murit lors de plusieurs participations.

Jean Murit était à la fin des années 50 le grand "spécialiste BMW" de Paris, à partir de 1961 Jean Murit sera un des premiers agents Honda, puis des autres marques nippones...cela provoquera un énorme développement de son affaire qui en fera un des plus importants motocistes parisiens....... A l'été 1962, des spécialistes moto expérimentés, comme Marc et Roland, furent les bienvenus dans le garage Murit. 

En 1968 ou 69, Roland Assante, l'ex patron de Marc, quittera Murit pour devenir le principal collaborateur de Mr Vilaseca dans l'aventure Japauto, c'est ainsi qu'il se refera un nom dans le petit monde de la moto métropolitaine.

Marc Cherot restera encore quelques années fidèle à Jean Murit, avant d'être enfin son propre patron. Ce sera la création, au début des années 70, d'un agence "exclusive" Moto Guzzi au 98 rue de Tolbiac.

Ce fut "Tolbiac Moto"qui lui permit de faire bénéficier les Guzzistes parisiens ses longues années d'expériences motocyclistes, qui avaient débutées 20 ans plus tôt dans un pays qui n'était plus qu'imaginaire.

MotoRevueOctobre73

Une publicité d'octobre 1973

 

Nous souhaitons tous à Marc Cherot, une longue et agréable retraite sous le soleil du Var, avec nos remerciements pour le partage de ses souvenirs.

Nous avons aussi écrit quelques mots sur la participation de Marc au rallye des pétroliers de 1960.

Voir: Rallye Alger/Hassi messaoud/Alger 1960

Dans cet article, vous retrouvez aussi Marc Cherot aux côtés de René Goetz sur le circuit de Staoueli.

René Goetz et ses BSA Gold Star 

Pour voir la totalité de nos articles sur pratique de la moto dans l'Algérie d'avant 1962:

vous cliquez: Motos en Algérie

 

Jean Murit, qui accueilli nos algerois en 1962, est décédé le 23 septembre 2013 à 91 ans.

http://news.moto-journal.fr/hot-news/deces-du-pilote-et-concessionnaire-jean-murit