Lors d'un récent passage sur la Côte d'Azur, notre ami Patrice m'a permis de rencontrer l'illustre personnage qu'est Georges Triay.

Georges_TRIAY

Patrice et moi même, nous avons fait le trajet La Turbie / Antibes aux guidons des KS80 Super de Patrice, nous sommes ici chez Georges TRIAY qui est ici à droite, aux côtés de Patrice.

Oui,"illustre" car pour le petit monde des amateurs français de Zundapp, Georges TRIAY est le seul parmi nos connaissances, qui ait participé activement aux deux dernières grandes périodes "commerciales" de la firme Zundapp : les années 50 et vingt ans plus tard les années 70.

Durant les années 1950 Georges TRIAY vend des Zundapp en Algérie, pendant cette période ce furent les grosses cylindrées qui brillèrent, puis de 1968 à 1984 Georges TRIAY vend des Zundapp à Nice durant cette période la firme allemande connu à nouveau le succès avec ses petits "deux temps".

 

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Sachant que j'avais en projet cet article, Georges TRIAY a aimablement répondu à mes questions, ainsi à la période "niçoise" que nous avions publiée en novembre 2010 avec des données transmises par Patrice (L'agence de Nice 1975), nous ajoutons aujourd'hui la période "Algérie 1946/1962"grâce à un témoignage de première main.

 

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Batna 1946/1947

Harley Davidson

 

En 1946, Georges TRIAY effectue son service militaire à Batna très loin d'Alger et du garage familial.

Batna se situe  dans les montagne des Aurès aux portes du désert, il y fait -10° l'hiver et 40° l'été, Georges TRIAY a du trouver le temps long dans un tel climat.

Mais début 1947, alors que dans la caserne la fin de ce service militaire se rapprochait pour Georges, un évènement inattendu allait survenir.......

Au préalable quelques mots sur la caserne du quartier "Fornier" en question, elle était occupée jusqu'au début de 1946 par le 9ème Spahis, mais courant de cette même année 1946 ce régiment avait fusionné avec un régiment de retour de métropole.

Ce régiment glorieux de retour de la mère patrie, c'était le 9ème Chasseurs d'Afrique.

Le 9ème Chasseurs d'Afrique était originaire de Mascara (sur les hauteurs d'Oran), il avait combattu en Tunisie les armées allemandes et italiennes  pendant l'hiver 42/43 puis avait été totalement équipé en matériel et en chars par l'armée américaine, devenant ainsi le régiment de chasseur de char de la "1er Division blindée" de la "1er Armée française".

Puis ce régiment débarqua le 16 août 1944 à Sainte Maxime et remonta brillamment jusqu'en Allemagne (pour les détails, voir Wikipedia "9RCA"). 

Vous allez voir que ce qui vient d'être écrit eu des conséquences pour Georges TRIAY.....un dimanche alors que la troupe est dispersée dans tous les bars de Batna, les patrouilles de la police militaire font le tour de toute la ville en questionnant les militaires rencontrés : "Où est TRIAY?" ceux qui auraient pu dire quelque chose se taisent.....Par solidarité...Qu'avait donc fait l'ami Georges pour déclenché cette recherche......

Cela va se conclure le lundi matin...tout le régiment est dans la cour de la caserne pour l'appel....lorsqu'arrive le tour de "TRIAY"......"Présent"......"Chez le colonel, tout de suite...."  

Georges TRIAY se rend chez le patron du régiment la tête pleine de mille questions sans réponse.....

Devant le colonel Castaldo :"Je vois que sur votre fiche il y a indiqué mécanicien moto, est ce bien vrai?"

"Oui mon colonel",

"Alors suivez moi".  

Le colonel Castaldo accompagne  Georges dans un hangar ou se trouvent empilées une cinquantaine de grosses caisses....

"Ces caisses sont revenues d'Allemagne avec le régiment, dans chacune il y a une moto, vous montez la première et vous me la présentez....."

"Oui mon colonel"

 

Effectivement dans chacune des 50 caisses il y avait une Harley Davidson, ces motos faisaient partie du matériel américain attribué au 9ème RCA en 1944, elles n'avaient jamais été ni montées, ni utilisées et le colonel avait décidé que c'était le moment.....La suite nous dira pourquoi....

Georges s'attaque donc à la première caisse, dans cette caisse la WLA partiellement démontée avec une notice de montage....Immédiatement Georges se présente au colonel avec la notice:

"Mon colonel il y a un problème, la notice est en anglais et je ne comprends pas l'anglais".

Le colonel se tourne vers un de ces officiers "Vous, vous connaissez l'anglais, alors traduisez cela rapidement" 

Le lendemain Georges peut continuer son montage avec dans les mains une traduction de la notice de montage de la 750 WLA, faite dans la nuit.

 

Ci dessous Georges TRIAY vient de remonter sa premier 750 WLA pour la présenter au colonel...

Le colonel essaye lui même cette machine et donne le feu vert à Georges pour le montage toutes les 750 WLA en stock...

(Bien évidemment il sagit du remontage à partir de machine livrée en caisse et non d'un assemblage plus important). 

 

Georges1946

 Au rythmes d'une machine par jour Georges les montera toutes...

Puis le colonel annonce que 9 Harley Davidson du régiment participeront au "Rallye Alger/Oujda/Casablanca" qui aura lieu fin mars/début avril 1947.

Au préalable les 9 lieutenants qui piloteront lors de ce rallye doivent s'entrainer à la conduite des Harley Davidson en les rôdant. Par équipe de 3 les lieutenants partent pour un circuit de 300km.

Au retour d'un de ces entraînement Georges est convoqué par le colonel, et avec le colonel il y a les 3 machines du jour et leurs pilotes, le colonel ordonne au trois lieutenants de démarrer tour à tour leur Harley.

Pour chacune un très mauvais bruit se fait entendre, Georges dit "C'est le cylindre arrière qui a chauffé et serré, mais je sais où envoyer les cylindres pour les rectifier".

Le colonel répliqua "Pour le moment ce n'est pas une urgence, ces trois abrutis ont fait la course au lieu de roder leurs machines, ils resteront à la caserne et ne participeront pas au rallye"  

Georges sera chargé par le colonel d'escorter les Harley participant au Rallye, celles ci furent expédiées par chemin de fer de Batna à Alger. Ainsi même au sein de la caserne du 27ème Escadron du Train à Alger, Georges avait ordre de dormir aux pieds des Harley Davidson.

Puis Georges suivit en jeep le tracé du Rallye effectué par les motos, le 1er jour Alger/Oujda, puis le lendemain Oujda/Casablanca.

 

DepartAlgerCasaAlger

Sur cette photo de la course de 1947, deux WLA militaires au départ d'Alger

Concurrents de la caserne de Batna ou d'une autre caserne??

Ces photos sont en provenance du site Passion-Harley.net

Si le passionné d'Harley qui à publié cette photo, avec d'autres représentant son grand père (ci-dessous), pouvait nous contacter, nous avons besoin d'informations complémentaires, merci.

 

DepartAlgerCasaAlger2

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Et ensuite retour de tout le monde, toujours par la route Casablanca Alger.

Le rapatriement des motos d'Alger à Batna  se fit comme à l'aller par le train, mais pour Georges, début de récompense, ce fut en jeep en compagnie des officiers pilotes...

A sont retour à la caserne de Batna Georges fut chaleureusement remercié par le colonel Castaldo, puisqu'il obtînt une nomination au grade de brigadier pour service rendu ainsi qu'une libération anticipé....

Ainsi en printemps 1947 Georges TRIAY put rejoindre Alger et le garage familial, et après cette brillante expérience avec Harley Davidson, Georges allait bientôt faire connaissances avec les Zundapp.....Enfin

 

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 Alger 1946/1962

ZUNDAPP

(Je me demandais comment le démarrage de l'activité Zundapp avait pu se faire dans cette Algérie de l'après guerre, et bien, Georges TRIAY me l'a expliqué, et je vais essayé de vous restituer, le plus fidèlement possible, ses paroles.) 

 

Au cours de la guerre et ensuite jusqu'en 1950, la France et son empire colonial, connurent de grave pénurie, le matériel récupéré sur les armées (allemandes ou alliées) fut pour beaucoup la seule source d'aprovisionement.

 

 A Alger pendant ces années difficiles, la principale activité de l'atelier de cycles et motocycles de la famille TRIAY, fut donc la remise en état, avec les moyens du bord, du matériel d'avant guerre ainsi que du materiel militaire récupéré.

 

C'est à ce moment (1947/48) que commence l'époque Zundapp....le garage TRIAY à l'occasion de racheter à un particulier un lot comprenant un Zundapp KS500 et un moteur de KS600, le moteur de 600cc fut rapidement remonter à la place du 500cc et la machine fut attelée à un side-car français d'avant guerre....

 

KS500-600_1947-48

 

Voici Georges TRIAY sur la Zundapp dans les rue d'Alger, il est fort probable que cette machine provenait du très nombreux matériel abandonné par l'armée allemande qui avait capitulé en Tunisie.

Cette KS500 modifiée en 600 avait la particularité de ne pas avoir  une partie de ses accessoires d'origine ( phare et compteur), elle est ici équipée d'un phare "auto".

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C'est "Là" que tout va commencer, puisque les TRIAY vont être audacieux en décidant d'écrire en Allemagne à la firme Zundapp de Nuremberg, lui demandant les pièces manquantes pour cette moto......

Ensuite un courrier d'Allemagne, en français, leur proposa  une liste de pièces accompagnée de la facture "pro forma" necessaire aux formalités d'importation.

Puisqu'il fallait, pour commercer avec l'étranger, obtenir des douanes une autorisation d'importation, et ensuite avec cette autorisation et la facture "pro forma", il fallait aller dans une banque pour y effectuer le virement vers l'Allemagne.

Une fois tout cela fait, et une attente de quelques semaines, les pièces neuves arrivèrent!!!

Dès que la Zundapp fut remis en état,  la nouvelle se répendit rapidement auprès de tous les propriétaires de Zundapp "récupérées", car ils étaient nombreux à Alger, et la plupart avait souvent un besoin vital de pièces.

Et c'est ainsi, avec ce fructueux commerce de pièces, que le garage TRIAY démarra ses relations avec Nuremberg.

 En 1949, l'autorisation de refabriquer et de commercialiser des motos, est enfin donnée par les "Alliés" à Zundapp.

La firme de Nuremberg transmit à ce moment à l'agence Zundapp d'Alger, avec ses tarifs de pièces détachées, des propositions pour des machines complètes.

 

CachetAlger

 

C'est ainsi qu'à Alger en 1949 une série de DB201 (modèle identique à la DB200 de 1939 avec fourche télescopique au lieu de la fourche à parallélogramme) trouva instantanément des preneurs, puis à partir de 1950 ce furent des 200 Comfort puis Norma, et plus tard des 200 et 250 Elastic avec évidemment des KS601 avec quelques scooters  Bella....

Les KS601 qui permirent à Georges de participer à de nombreuses épreuves locales, ci dessous en 1954, l'équipage Zundapp est à l'oeuvre lors de la course de côte  d'Oran. Le passager est ici dans une position acrobatique pour charger au maximum la roue motrice à l'intérieur du virage.

 

CourseCoteOran1954

 

Ainsi sur cette dizaine d'année qui ira de 1950 à 1960 ce sera une bonne centaine de motocyclettes Zundapp qui furent vendu par la maison "TRIAY".

 

RueROBES-200Comfort

Ci dessus Eugène, Mr TRIAY père est au cotés d'une 200 Comfort devant l'atelier de la rue Eugène ROBES.

Eugène était un personnage étonnant, mécanicien "vélo" à l'ancienne, c'est à dire capable de fabriquer totalement une bicyclette à partir de quelques tubes. Il se fit remarquer en 1914, alors âgé de 17 ans il tricha sur son âge pour s'engager dans ce conflit sanglant, en compagnie de son frère aîné.

Avec les "événements" qui débutèrent en 1954, Georges fut rappeler régulièrement de 1956 à 1961 dans un régiment de réservistes, le 5ème Chasseur d'Afrique de Maison Carrée.

On le voit ici en 1956 (c'est le plus petit des 4) devant un char américain Sherman. 

 

Reservistes1956

 

En 1962 l'insécurité est totale en Algérie, dans le courant du mois de juin Georges TRIAY et un ami se font tirer dans le dos en pleine rue, par chance ils ne sont pas touchés.

Quelques jours plus tard, le 30 juin 1962, la famille TRIAY quitte l'Algérie, et arrive le 1er juillet à Marseille.

Depuis, qu'en 1958, le général de Gaulle avait prononcé son fameux discours "Je vous ai compris", Eugène TRIAY avait dit "Il faudra partir un jour car ici c'est finit".

Ainsi en quittant l'Algérie un mois avant les grands départs de cet été 1962, la famille Triay pu charger 2 containers, il en aurait fallu 4 pour tout emporter, mais au moins le plus précieux fut emporté, ceux qui partir un mois plus tard n'eurent droit qu'à leur valise.

Contrairement à ceux qui crurent aux paroles du général et qui partirent en catastrophe en juillet et août 1962 en abandonnant tout sur place, la famille TRIAY plus prévoyante pu ramener une importante quantité de matériel et de motos en déménageant une grande partie de l'agence d'Alger un mois avant les autres.

Dans le chapitre "L'agence de Nice 1975" vous trouverez la deuxième période Zundapp de Georges TRIAY. 

CachetNice